Les hommes politiques français ont fait Le Pen, ce qui est plus inquiétant que le fait que Le Pen existe politiquement.
Physiquement affaibli, politiquement moribond et idéologiquement inchangé, le chef du FN a pendant cinquante ans été libre de faire partie de cette classe politique et ne se retirera que contraint et forcé non par effet d'une régulation saine de la classe politique mais les pieds devant.
Pendant cinquante ans, la classe politique n'a pas exercé son devoir d'auto-protection en acceptant Le Pen en son sein. Dans une démocratie représentative, 99% de la population est exclue de fait de la classe politique. Celle-ci se charge à la place de la population de gérer les affaires de l'Etat, régionales et locales. Le corps électoral se contente d'élire cette classe.
La classe politique doit avoir une morale, c'est-à-dire partager des valeurs communes et appliquer ces valeurs. Personnellement, les hommes politiques ont peut-être encore des valeurs mais collectivement ils ont abdiqué leur devoir de respect d'une morale politique. Le Pen est un homme politiquement immoral.
Il appartient à l'extrême droite et n'a jamais répudié ceux qui l'ont précédé dans ce courant politique nauséabond et qui ont oeuvré pour la destruction des valeurs issus de la Révolution française en participant à la Révolution nationale pendant l'occupation. Au contraire. On ne peut pas faire comme s'il ne s'était rien passé. Après la libération, l'exclusion de tous ceux qui avaient participé à trahir la République dans ce qu'elle avait de plus cher ainsi que ceux qui reprenaient les idées fascisantes devaient être exclus de la classe politique pour prévenir tout retour de la terreur brune. Sous la IVe République, l'exclusion n'a pas eu lieu. Les traîtres se sont intégrés à la classe politique, se sont fondus dans la masse, ont fait profil bas. Sous la Ve République, les idées d'extrême droite ont ressurgi au grand jour et personne ne s'en est ému.
Au nom de la démocratie, on a laissé s'exprimer le tout-venant. L'erreur est de croire que la démocratie consiste à laisser n'importe qui pouvoir faire partie de la classe politique.
Le Hamas a remporté les élections en Palestine ( et commence à instaurer la loi islamique, femmes voilées et musique interdite) Le Pen traite de "faux démocrates" ceux qui ne veulent pas négocier avec le nouveau gouvernement issu des élections. Il sait très bien que Mussolini , Hitler, Milosevic, Poutine ou Ahmadinejad ont profité de cette fausse démocratie pour accéder au pouvoir, pouvoir qu'ils ont utilisé de façon très différente bien entendu. Car c'est bien une fausse démocratie celle qui permet au peuple de choisir le pire. Il faut présever le peuple de ce choix ou tout du moins limiter les conséquences de ce choix par une partie du peuple. L'absence de proportionnelle pour l'élection de l'Assemblée Nationale permet ainsi de fermer les portes du Palais Bourbon aux extrêmistes. La nécessité de récolter 500 signatures d'élus pour se présenter à l'élection présidentielle permet le limiter le choix des électeurs à des candidats sérieux, admis depuis un certain temps au sein de la classe politique, ayant fait la preuve de leurs sentiments républicains. Ce système de parrainages ne fonctionne pas et n'a jamais fonctionné car les élus n'ont pas le courage de protéger leur classe contre les éléments définitivement étrangers. L'intégration à la classe poltique devrait bien sûr être plus facile pour les citoyens sérieux et politiquement honnêtes. Il est étrange ainsi de constater que des milliers de citoyens sont exclus de la classe politique pour des raisons non-républicaines, comme leur classe sociale d'origine, leur sexe ou leur couleur et que des personnes politiquement détestables, intellectuellement malhonnêtest et foncièrement mauvaises puissent, sans qu'on ne leur impose aucune obligation de bonne foi, de bon goût et de bon comportement, participer à la vie politique.
Les hommes politiques ont laissé Le Pen exister par lâcheté et calcul. La droite et la gauche se sont servis de lui à des fins électorales.
Dans une démocratie mûre, des corps intermédiaires doivent pouvoir barrer le passage aux politiciens indésirables. En France, les associations et les syndicats n'ont aucun pouvoir. Les médias quant à eux n'ont aucune morale, la loi de l'argent est leur seule loi. Ils ont besoin, chaque jour, de faits extroardinaires, de sensationnels, de personnages sulfureux. Le Pen permet aux médias de rassembler beaucoup de monde ceux qui le détestent et ceux qu'il fascine. Et comme nous ne sommes plus en démocratie mais en démagogie, n'importe qui peut s'imposer, n'importe qui est politiquement légitime. On entend les porte-parole des pédophiles, des sado-masos, des prostituées, des voleurs, des pornographes, des névrosés ou des naturistes dans les émissions de talk-show, pourquoi n'entendrions-nous pas les néo-fascistes, révisionnistes, racistes et antisémites dans les émissions politiques. Oui mais voilà on ne peut pas se débarasser de ce qu'on crée. Certains journalistes peuvent bien tenter par des sous-entendus de combattre Le Pen, ils ont perdu d'avance.
Un exemple contraire est intéressant. Dèsque Dieudonné s'est révélé sous son vrai jour, il a été très vite interdit d'antenne à la télévision. Une bonne chose.
Contre Bayrou
Bayrou est pour l'election à la proportionnelle de l'Assemblée Nationale. Si Bayrou réussit à faire passer ce changement constitutionnel, cela entraînera le retour des néo-fascistes à l'Assemblée. 50 à 100 députés FN, voilà ce que veut Bayrou. Il veut gouverner avec tout le monde, donc avec la droite, la gauche...et les extrêmes. Il sera contraint, pour avoir une majorité à l'assemblée de composer avec l'extrême droite comme Berlusconi l'a fait en Italie car il sembel probable que la gauche refusera de voter bon nombre de projets de lois sortis d'un programme de centre-droit.
La proportionnelle c'est le retour des arrangements politiques en coulisses et de l'instabilité gouvernementale permanente.
Un système proche de celui de la IIIe ou de de la IVe République serait desastreux pour le pays. A cause de cette République des partis, nous avons perdu la guerre, l'Indochine et l'Algérie et eu Pétain en 40 et De Gaulle en 58.